Quête de sens comment sortir des extrêmes et entrer dans la transversalité

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QUÊTE DE SENS : COMMENT SORTIR DES EXTRÊMES ET ENTRER DANS LA TRANSVERSALITÉ ?

Ndukur Kacc Essiluwa Ndao
www.ndukur.com

La résurgence des débats à propos de Cheikh Anta Diop (CAD) permet de tirer quelques constats majeurs. D’abord sur les postures de Tidiane N’Diaye qui semblent tant déranger les Cheikh antaistes notamment sur sa contestation fondamentale des thèses de CAD à propos de l’égyptologie. Tidiane estimant que le débat sur l’origine nègre de l’Égypte n’est plus prouvée par les récentes études de la génétique, de l’archéologie, de l’anthropologie. On ne peut reprocher à un chercheur de défendre ses thèses et même de chercher la consécration scientifique. L’essentiel est que tout repose sur l’éthique scientifique dans les intentionnalités épistémiques (notre propre rapport à l’objet de recherche).

En revanche on peut se demander comment poursuivre des recherches sur l’Afrique sans parler aux africains ou les instances universitaires africaines de façon systématique. Ou du moins sans s’ouvrir à un débat critique et contradictoire dans les amphis du Caire ou de Dakar. Les grands prétoires scientifiques sont un fait. La diffusion et l’explicitation de sa ou ses thèses fussent-elles confirmées par les récentes recherches ont besoin d’être partagées pour convaincre les sceptiques ou simplement faire de la vulgarisation scientifique. Sous ce rapport, je crois qu’il existe un besoin de s’ouvrir aux autres y compris parfois aux Cheikh antaistes et à tous ceux qui sont soucieux d’avoir des éclairages scientifiques croisés sur ces sujets majeurs.

Je pense aussi qu’on ne peut reprocher à CAD d’être égyptologue ou mouride. CAD acceptait de débattre frontalement dans les amphis et ailleurs. Ce n’est pas un dieu et il n’a pas traité de toutes les questions y compris celles de l’esclavage arabe. C’est dommage qu’on résume ces discussions à qui est plus ou moins méchant ou raciste vis a vis de nous. Les chinois ne se plaignent pas qu’on les taxe d’avoir les yeux bridés ou de manger tout ce qui bouge !!!

Le doyen feu Amadou Aly Dieng titillait souvent CAD dans la bonne humeur. Mais les amalgames se sont poursuivis en partie par la faute aussi de ses “disciples” actuels. C’est devenu un outil de marketing et de propagande linguistique, anti français, etc. Alors que lui voulait que la compréhension de ses thèses débouche sur l’action. Et eux ont du champ et un musée. Ils ont fait du champ un musée où ils retournent en pèlerinage. C’est cela le problème aujourd’hui. Même les cheikhantaistes politiques butent sur cet écueil. Ils n’arrivent pas à mettre en contexte les “idées de cheikh” pour s’adapter à la situation actuelle. On verra ce que donneront les enseignements des travaux de CAD lorsqu’ils seront effectifs dans nos systèmes scolaires et universitaires. Bien évidemment il faut noter des tendances encourageantes avec les jeunes générations comme Khadim Ndiaye qui développe des idées originales sur CAD il est vrai avec toujours sa posture militante assumée.

Comment sortir de ces impasses ? je crois sans gommer les différences et contradictions naturelles dans un débat scientifique, on peut plus s’épuiser dans ces tranchées. Thèses-anti-thèses. Est – il possible de se retrouver sur un “Projet commun” au-delà des divergences ? Il y a eu des affirmations très graves qui ne peuvent qu’élargir les lignes de fractures. Par exemple est ce le fait d’être mouride ou autre entrave la liberté scientifique. Pour moi c’est une assertion terrible. Cela veut dire que l’identité ou la foi assumée empêche le raisonnement scientifique? Ou l’objectivité ? Combien de fois certains on taxé CAD et ses disciples de vouloir ramener la religion des pharaons ? On navigue sans cesse entre ces “extrêmes”. Faut il être athées, animistes, franc-maçons ou autres pour rester objectifs ? Peut on être Africain noir animistes ou chrétien musulman (et d’une confrérie) et exister pour nous mêmes ? Pourquoi cette question ne se pose par pour un chercheur Indien, japonais ou chinois ou népalais ? Parce que leur identité est assumée.

A mon avis, si cela continue beaucoup vont se détourner de ce débat. Essayons de trouver les dénominateurs communs pour avancer. Comment sortir de l’idéologie et de la recherche à “réaction “? On répond toujours à quelque chose, à quelqu’un. Répondons nous à nous mêmes. A nos défis propres et nos aspirations ? L’incapacité a se projeter a été la cause de la faillite de beaucoup de sociétés. Acceptons tous que l’esclavage des arabo musulmans est un fait avéré. Acceptons que les protagonistes eux mêmes fassent mea culpa. Et se projeter sur les enjeux qui nourrissent au delà des constats des actions pour le bien être de nos sociétés définitivement réconciliées avec elles-mêmes. Allons nous demander des “réparations” pour les préjudices? Allons nous changer nos rapports avec les “pouvoirs/références arabo musulman ou re-questionner les socles confrériques ?

Toutes ces questions ne vont servir que si elles nous aident a avancer. On brasse beaucoup d’émotions négatives qui nous cloîtrent dans nos souliers de victimes et d’otages. Oui il faut restaurer les faits, oui il ne faut pas oublier, mais il faut aussi avancer. Ce processus de “guérison” est nécessaire. Travailler sur notre Eye’s Mind pour parler comme George Kohlrieser dans son livre sur comment sortir du sentiment d’otage. On doit aussi négocier avec nous mêmes pour sortir de ce traumatisme. Changer le narratif y compris dans l’enseignement. Je ne pense pas que la manière d’enseigner à nos enfants le commerce triangulaire va les aider à se voir autrement qu’en victimes.

Comment tous ces travaux peuvent nous aider? La “quête des origines” n’a de sens que si cela modifie notre perception de nous mêmes et si on arrive à se déculpabiliser et à se projeter. Brillants économistes, historiens, anthropologues, etc. que nous sommes aujourd’hui nous sommes incapables de s’associer pour construire une seule case ensemble. Cette “balkanisation” des cerveaux et des élites est pire que tout. On a construit en nous des autistes qui soliloquent.

NKEN

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